Les premières pluies d'octobres sont arrivées. Elles nous dévorent. Me dévorent en tout cas. L'eau glisse sur moi, j'essaye d'être le plus imperméable possible. Avec ces pluies viennent tous les autres désagréments.
L'odeur de chien mouillé dans le bus à 8h. Le jean mouillé. Et le bad mood.
Vraiment, c'est beaucoup plus dur de se lever et d'être de bonne humeur lorsque l'on entend la pluie battre la fenêtre.
Le cours de 9h sera le seul de la journée où l'on pourra s'assoir dans le couloir avant que celui ci ne soit ravagé par les traces de pas. Les gens tirent tous une gueule d'enterrement. Mais c'est vite devenu une habitude. Pluie ou beau temps. L'université ne fait pas l'unanimité.
Je pense qu'elle me sauve plus ou moins la vie. Aussi stupide que ce soit. Des cours font du bien.
Des cours et une vie privée remplissent à peu près chaques besoins. Il y a des manques, d'amis, de sorties, de concerts. Comblés par des cafés, des cigarettes. Le silence.
Ne pas avoir de musiques dans le bus me laisse tout le temps pour penser et regarder les gens. Les gens.
Raymond l'a fait avant moi, scruter et expliquer les gens. Leurs facons de faire. Bien qu'à son époque, il n'était pas géné par les racailles et leur musiques portatives. Maintenant ces gens là, se crachent dessus dans le bus. Bien sûr bien qu'à côté on recoit tout. On leur doit des arrêts de bus brisés, des rackets, des violences physiques et verbales, un sentiment d'exclusion et confinement. Ils te font serrer le coeur et les mains. On attend en vain que quelqu'un réagisse et leur explique à force de coups que leurs méthodes n'est pas la bonne. La notre est de leurs donner de l'argent, des toîts, des avantages un peu partout. Et on va même les payer pour qu'ils aillent à l'école.
J'applaudis le progrès. Qui renforce leur sentiment d'appartenance à une autre culture qu'à celle du pays où ils vivent.
Je ne suis là ni pour la politique, ni pour du racisme. Mais mon dieu, ce problème est là tous les jours autour de moi. Comment passer outre?
Bien sûr je suis amoureux, bien sûr j'ai des amis. Et la peur au ventre tous les soirs pour rentrer chez moi.
J'essaye de faire des projets dans une France qui avance plus vite que n'importe quelle trotteuse. On regresse et recule. Le point de non retour approche.
